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Theodora
La Vie de Sarah Bernhardt
Catherine Finely & Amy Tomsick - French 102 - Professeur Monique Saigal
Pomona College, Claremont, California, USA - Printemps 1995.
Quand on pense au théâtre français, on pense à Sarah Bernhardt, peut-être
l'actrice la plus renommée du monde. C'était elle, il semble, qui a apporté la
grandeur au théâtre mais l'influence de Bernhardt s'est répandue aussi dans le
monde entier. À la fois critiquée et adulée par son public, elle est devenue une
vedette légendaire. Les origines de Bernhardt, cependant, étaient plutôt humbles.
Elle est née le 22 octobre, 1844, fille illégitime d'une courtisane hollandaise et
d'un homme d'origine française. L'identité de son père, et celle de sa mère, est
contestée mais l'important est que la naissance de Sarah a importuné sa mère, qui
manifestait peu de tendresse pour elle. De plus, elle ne voyait que très rarement son
père qui est mort en 1857. On avait souvent l'habitude de la confier à la garde de
parents, comme sa tante, ou des amis et elle avait une nourrice chez qui elle habitait
pendant son enfance. Elle a reçu peu de visites de sa mère.
On l'a d'abord mise en pension à l'âge de sept ans. Elle était indépendante,
têtue et disposée à avoir de grands accès de colère qui, souvent, la rendaient malade
mais qui ont marqué sa carrière d'actrice plus tard dans la vie. Après la pension, elle
a continué ses études au couvent des Grand-Champs à Versailles. Dans ses
Mémoires, Sarah avoue avoir aimé le couvent car elle a reçu beaucoup de soutien
des religieuses. C'était là qu'elle a conçu une passion pour la religion qui l'a fait
vouloir consacrer sa vie à Dieu. Sa mère, cependant, avait d'autres idées. C'était le
Duc de Morny, demi-frère de Louis-Napoléon et ami de la mère de Sarah, qui, lors
d'une réunion de famille, a eu l'idée de l'envoyer au Conservatoire. D'abord, Sarah
a lutté contre la volonté de sa famille en affimant qu'elle voulait devenir religieuse
mais on l'a, enfin, persuadée d'essayer le théâtre.
Lors de son audition pour le Conservatoire, elle a fait preuve d'indépendance.
Quand elle n'a trouvé personne pour lui donner la réplique dans la scène de
"L'École des Femmes" qu'elle avait préparée, elle a rompu avec la tradition en
récitant la fable de La Fontaine, "Les Deux Pigeons". Au Conservatoire, elle a étudié
sous Provost, Samson et Régnier mais elle a continué à se montrer têtue: lors de son
premier examen en tragédie, elle a choisi de représenter une scène de "Za•re", contre
les désirs de Provost. Elle s'est disputée avec lui sur l'interprétation d'une ligne du
texte; dans la classe, Sarah l'a interprétée comme voulait Provost mais, à l'examen,
elle a donné sa propre interprétation, pour laquelle on lui a décerné le deuxième
prix. Sa forte personnalité, cependant, a fait qu'elle avait beaucoup de disputes avec
ses professeurs et, dès lors, elle est sortie du Conservatoire avec des résultats
décevants. Malgré tout cela, avec l'aide du Duc, et de Camille Doucet le ministre des
Beaux-Arts de l'époque, elle est entrée à la Comédie Française.
Son début n'était pas très prometteur; on a critiqué sa taille svelte et on l'a
trouvée trop émaciée. Son instruction au Conservatoire ne l'avait pas non plus
aidée à ma”triser ses sautes d'humeur qui l'ont poussée à rompre avec la Comédie
Française pour la première fois. Pendant les années qui suivaient son départ de la
Comédie, Sarah a travaillé au Théâtre du Gymnase et elle a eu son fils unique,
Maurice, né le 22 décembre, 1864, et dont le père était le Prince de Ligne. Sarah
entretenait des liaions amoureuses mais elle avait décidé contre le mariage pour le
moment puisqu'elle voulait être indépendante. Elle s'est installée à Paris avec sa
plus jeune soeur Régina, et Doucet lui a procuré un contrat au Théâtre de l'Odéon.
Les années au Théâtre de l'Odéon étaient des années heureuses. Là, Sarah a
interprété des rôles dans les pièces de Molière, de Racine, de Shakespeare et de
George Sand, qui est devenue une de ses amis et qui l'a beaucoup soutenue en la
recommandant pour plusieurs rôles dans ses pièces. Lors de la guerre Franco-
Prussienne, Sarah a fait un travail provisoire et en y soignant les blessés. Elle a
quitté l'Odéon en 1872 pour retourner à la Comédie Française. L'Odéon l'a
poursuivie en justice; c'était son premier procès de théâtre, mais pas le dernier.
Le retour à la Comédie Française n'était pas très satisfaisant pour Sarah car
ayant des conflits avec le directeur, Emile Perrin, il ne lui a accordé que des rôles
secondaires dans les pièces. Ensuite, sa soeur Régina est morte. Sarah en a été
profondément affectée et elle s'est endormie dans un cercueil pour rappeler à ses
amis, et à elle-même, la mortalité de l'être humain. Frustrée par ses rôles
secondaires, elle a cherché d'autres moyens pour exprimer ses talents artistiques: elle
a trouvé la peinture et la sculpture. De plus, à cette époque elle devenait l'objet d'un
culte-c'en était trop pour Perrin, qui trouvait impossible d'imposer son autorité
sur elle. L'image de marque de la vedette capricieuse et immorale n'allait pas du
tout avec celle de la Comédie Française, solide et respectable. La Presse parisienne
ne l'aimait pas; le public était tiraillé entre Sarah et Sophie Croizette; à ce moment-
là, la Comédie Française a quitté la France pour faire une tournée en Angleterre.
Le public anglais était très curieux à propos de Sarah. On en avait beaucoup
parlé et on était anxieux de voir "la vraie Bernhardt". Elle a été accueillie avec
fougue mais la pièce qu'allait représenter la Comédie était "L'Etrangère" dans
laquelle Sarah n'a eu encore qu'un rôle secondaire. Pour bien montrer ses talents,
elle a insisté sur l'inclusion du deuxième acte de "Phèdre," coincé entre
"L'Etrangère" et "Le Misanthrope". "Phèdre" a été interprétée auparavant par
l'actrice Rachel Félix, avec qui on associait le rôle. Le style de théatre émotionnel de
Sarah était directement opposé à celui de Rachel mais, tout de même, elle a réussi à
convaincre les critiques. La saison anglaise était une grande réussite pour Bernhardt
mais, lors de son retour en France, la situation avait empiré.
La Presse parisienne avait profité de son absence pour fomenter de l'hostilité
à son égard. La situation a atteint le comble quand Perrin a forcé Sarah à jouer le
rôle de Clorinde dans la pièce "L'Aventurière", un rôle plutôt antipathique. Sarah a
supplié Perrin de remettre la première à plus tard mais il a refusé. Son
interprétation du rôle a été mauvaise; les journaux se sont unis dans leur critiques
et, par conséquent, après une seule représentation du 17 avril, 1880, Sarah a quitté
définitivement la Comédie Française.
Cette action était très courageuse pour l'actrice parce que cette compagnie était
la plus célébre en France. Maintenant, elle devrait continuer sa carrière seule, sans
la réputation et la stabilité relative que lui offrait la Comédie. Il semble que
Bernhardt ne pouvait pas vivre longtemps dans une atmosphère stable. Elle avait
toujours besoin d'un défi, de quelque chose pour rendre sa vie plus difficile et plus
instable. Plus elle luttait contre sa vie, plus elle devenait puissante et capable
d'exprimer une grande variété d'émotions sur scène. Presque tout ce qu'elle faisait
dans sa vie était lié directement ou indirectement au théâtre.
Elle avait une vision profonde d'elle-même comme actrice, complète avec
tous les détails importants: son apparence totale, sa voix expressive, et sa personalité
charismatique. Toute cette image de Bernhardt est devenue très populaire pendant
la Belle Epoque avec l'aide de la publicité et aussi avec l'intérêt des artistes et des
admirateurs célébres comme Napoléon III et Victor Hugo en France, et Oscar Wilde
en Angleterre. Les Anglais surtout, avaient beaucoup d'enthousiasme pour elle, et
elle adorait les Anglais. Il est possible qu'elle soit devenue anglophile au moment
oť elle a eu la réussite remarquable dans le rôle de Phèdre à Londres. Pour elle, cette
représentation en 1879 affirmait son destin comme actrice extraordinaire. Elle
décrivait ce moment significatif ainsi: "Dieu était venu" (Richardson 79). On peut
attribuer sa rupture avec la Comédie à partir de ce moment; c'est ce qui a donné
assez d'assurance et de courage pour rompre.
Après avoir quitté la Comédie, elle était plus libre de faire comme elle
voulait. Elle a commencé à choisir des rôles très dramatiques dans lesquels elle
pouvait montrer ses meilleurs talents. Bien qu'elle puisse jouer des rôles
masculins, elle choisissait les pièces avec des rôles fort féminins comme "La Dame
aux camélias", "Adrienne Lecouvreur" et "Phèdre". Ces pièces lui ont donné
l'opportunité d'utiliser la voix la plus séduisante et de mourir sur scène, une des
actions préférées de Bernhardt.
Toutes ces pièces ont fait partie de son répertoire quand elle est partie pour sa
tournée aux États-Unis le 15 octobre, 1880. Il n'y avait qu'une autre actrice française,
Rachel, qui ait jamais fait une telle grande tournée. Rachel est venue sur la scène
française avant Bernhardt, pendant la première moitié du 19e siècle. Toutes deux
avaient divers points communs. Elles étaient juives, et elles avaient comme
ma”tre, Samson, qui les a instruites dans l'art du théâtre. Dans les deux cas, la
Comédie les a aidées à commencer leurs carrières. Des comparaisons entre les deux
étaient inévitables, surtout quand Bernhardt choisissait les mêmes rôles que jouait
Rachel, en particulier Phèdre et Adrienne Lecouvreur. La typiquement provocante
Bernhardt voulait qu'on la compare avec les autres actrices afin de prouver qu'elle
était la meilleure.
La tournée des Etats-Unis a eu un grand succès. Sa publicité partout aux Etats-
Unis a attiré des foules d'Américains, et ses représentations ne les ont pas déçus. Un
de ses actes pour la publicité était une visite historique chez Thomas Edison à Menlo
Park. Ici, elle avait enregistré sa voix magnifique avec la nouvelle invention du
phonographe. Une actrice qui a accompagné Bernhardt aux Etats-Unis, Marie
Colombier, a décrit l'expérience de la tournée dans un livre qui s'appelle Le Voyage
de Sarah Bernhardt en Amérique (1881). Plus tard, après plusieurs arguments
sérieux entre Bernhardt et Colombier, la dernière a publié une biographie
scandaleuse de Bernhardt, qui s'appelle Sarah Barnum (1883).
Bien que Bernhardt soit très populaire, elle n'était pas aimée de tous. Ceux
qui l'appelaient "Sarah Barnum," se moquaient d'elle à cause de son extravagance.
Ils l'ont trouvée trop excentrique sur scène, excessive dans sa publicité et aussi dans
sa vie personnelle. On disait qu'elle portait des vêtements très bizarres, qu'elle était
toujours en retard, qu'elle était trop mince, et qu'elle aimait dormir dans un
cercueil. Il y avait d'autres rumeurs à propos de son usage de drogues. Les drogues
l'attirent de plus en plus, surtout depuis son mariage avec le toxicomane Ambroise
Aristide Damala en 1882. Malgré son ancienne attitude négative à propos du
mariage, elle a décidé de se marier avec Damala, un aristocrate grec. Comme
d'habitude pour Bernhardt, ce mariage n'a pas duré longtemps, et ils se sont séparés
l'année suivante. L'extravagance semblait le thème de sa tournée en Amérique du
Sud et en Angleterre en 1886 parce qu'elle a apporté assez de possessions, de
costumes et d'animaux exotiques pour remplir plus de quatre-vingt valises. Sa
caravane pour cette tournée ressemble vraiment à un cirque, et voilà pourquoi elle
avait le parfait surnom de "Sarah Barnum."
Depuis 1880, Bernhardt joue en général des rôles créés spécifiquement pour
elle par l'écrivain et l'historien, Victorien Sardou. Bernhardt et Sardou ont bien
collaboré ensemble dans plusieures pièces réussies comme Fédora(1882), Théodora
(1884), La Tosca 1887), et Cléopâtre (1890). Sardou savait écrire des rôles parfaits pour
Bernhardt dans lesquels elle pouvait mettre en valeur sa voix séduisante et faire
beaucoup d'actions dramatiques. Elle avait une voix si charmante qu'elle est
devenue vulnérable à la satire dans les cafés-concerts à Paris. L'artiste la plus célébre
qui se moquait de Bernhardt et de sa voix était Yvette Guilbert. Au Concert Parisien
en 1891, Guilbert imitait non seulement la voix séduisante de Bernhardt, nommée
"la voix d'amour," mais elle faisait aussi son imitation exagérée de "la voix de rage"
de Bernhardt (Taranow 63). Bernhardt faisait toujours une impression puissante,
bonne ou mauvaise, sur les gens.
Elle ne s'est jamais arrêtée de faire du théâtre. Même après avoir perdu une
jambe en 1914, elle continuait à jouer des rôles dans lesquels elle n'avait pas besoin
de bouger. Une fois, elle a expliqué sa théorie de la vie ainsi: "Il est résumé dans le
mot volonté. . ." (Richardson 210). Elle ne s'est jamais arrêtée d'essayer et de lutter
contre sa vie jusqu'à sa mort en 1923.
Bibliographie
Carlson, Marvin. The French Stage; New Jersey: The Scarecrow Press, Inc., 1972.
Richardson, Joanna. Sarah Bernhardt and Her World; New York: Putnam, 1977.
Taranov, Gerda. Sarah Bernhardt: The Art Within the Legend; New Jersey:
Princeton University Press, 1972.
Aston, Elaine. Sarah Bernhardt: A French Actress on the English Stage; Oxford:
Berg Publishers Limited, 1989.
The Memoirs of Sarah Bernhardt; (Editor Lesberg, Sandy) New York: Peebles Press, 1977.