Le combattant
"En combattant avec les républicains et
les communistes espagnols, nous défendions des
valeurs que nous tenions pour universelles. - André Malraux
No passaran !
Le combat rêvé et annoncé s'accomplira en Espagne.
Militant antifasciste, Malraux s'enflamme dès les premiers
jours de la guerre d'Espagne. Il constate la faiblesse de l'aviation
républicaine et décide de créer une escadrille.
Là encore l'improbable et le rocambolesque entrent en force:
il parvient à réunir quelques avions grâce à
ses relations au ministère de l'Air ( dirigé par Pierre Cot,
Jean Moulin étant son directeur de cabinet).
Aviateur autoproclamé, bombardé colonel, il réunit
une équipe de bric et de broc, moitié mercenaire, moitié
révolutionnaire.
Et comme il faut toujours racheter ses fanfaronnades, il s'expose,
participe aux combats et fait preuve d'un courage et d'une énergie
indiscutables.
Pendant sept mois, l'escadrille España constituera toute
l'aviation de bombardement républicaine. Son action est
déterminante au moins en 2 occasions : Le bombardement de
Meddelin qui desserre l'étau sur Madrid et l'attaque sur Teruel.
Malraux et son escadrille s'effacent en Février 1937 lorsque l'aviation
républicaine se reconstitue. Il quitte l'Espagne pour reprendre son
métier d'écrivain et pour soutenir de l'extérieur la
cause républicaine. Il a gagné ses gallons de guerriers.
Le colonel Berger
La défaite de 1940 est un combat de perdu de plus.
Malraux-L'homme-d'action serait il un éternel perdant ?
Les échecs du combattant modèrent pour un temps
son goût de l'action.
L'écrivain reprend du service et Malraux reste jusqu'en 1944
en marge de l'action.
Puis soudain, comme souvent avec Malraux, tout s'accélère :
après l'arrestation de son frère Roland en mars 1944, il
rejoint les maquis du Périgord et réussit en quelques mois
à s'imposer comme l'un des chefs de la résistance du centre
de la France. Pour parvenir à fédérer des maquis dont
le spectre politique va du communisme à l'extrème droite,
Malraux use et abuse de son charisme et de l'autorité que lui
confère son passé d'écrivain engagé. Mais
il a aussi recours au bluff, invente un PC interallié
qui, en relation avec les anglais, serait chargé de coordonner
l'action des maquis.
Le débarquement de Normandie et le soutien plus actif des
anglo saxons à la résistance viennent donner corps
au coup de bluff...toujours l'anticipation.
Malraux trouve dans le maquis un théâtre à sa
mesure. Il joue avec la mort, mêle action et fiction, agit
et laisse la légende agir.
Jean Lacouture, in
Malraux, une vie dans le siècle :
Au moment où l'événement l'arrache
au combat, la légende dit que Malraux est l'un des chefs de la
résistance.
En temps de guerre et de trouble, la légende
compte plus que jamais. Celle ci est assez forte, en ce début
d'été 1944, pour que bon nombre de jeunes gens (...) entendent
dire que Berger-Malraux commande par là et s'efforcent tardivement de
rejoindre des unités qui sont dépendre de lui.
Malraux-le-trompe-la-mort finit par être arrêté,
quelques semaines après son frère Roland.
Transféré à la prison de Toulouse,
Malraux échappe à la torture et à une
mort certaine grâce à un incroyable concours
de circonstances - la confusion de son dossier avec celui de
son frère- et aux pressions exercées par les maquis
qui menacent d'éxécuter des prisonniers allemands.
Alors qu'il devait être interrogé à nouveau,
l'armée allemande évacue Toulouse. Il est libre.
Alsace-Lorraine
Malraux n'en a pas fini pour autant avec la guerre.
Il se rallie en Septembre 1944 au projet de maquisards
alsaciens pour former la brigade Alsace-Lorraine dont
l'action ne s'arrêtera qu'avec la libération
totale du territoire français. Les 2000 volontaires, maquisards,
indisciplinés, mal équipés, font souffler un
esprit d'Espagne sur cette brigade qui s'intégre dans l'armée
de de Lattre.
Pendant 5 mois, de Septembre 1944 à Février 1945, la brigade
Alsace Lorraine participera aux violents combats d'Alsace : la prise de
Dannemarie, puis le défense de Strasbourg lors de la contre offensive
de von Rundstedt et la marche sur Colmar.
En cette fin de guerre, la mort rode : sa compagne Josette Clotis est
tueé accidentellement, puis son frère Roland disparaît
au retour de déportation. C'est la foudre, dira-t-il.
En 1945, Malraux est un héros indiscutable, mais un héros amer,
hanté par la mort de ses proches.
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